Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 27 décembre 2014

E avèm tot perdonat a l'ivèrn

E avèm tot perdonat a l'ivèrn / Et nous avons tout pardonné à l'hiver est le titre du dernier recueil de Jean-Marie Petit. Au moment où nous entrons dans la saison la plus froide de l'année, c'est aussi ce que nous souhaiterons dire quand dans trois mois nous aborderons le printemps. Nous avons déjà eu l'occasion de le montrer lorsque nous avons présenté ses précédentes parutions comme Estiva / Estive ou encore Erbari / Herbier l'auteur vit dans un grande proximité avec la nature et le monde rural  qu'il célèbre d'une manière toute franciscaine. La douceur qui vient du cœur, Neige, L'émerveillement du monde, Le printemps de Dieu, Pleine lune sont quelques uns des titres des poèmes de ce recueil bilingue occitan/français de quatre-vingts pages. En voici le dernier qui nous dit en peu de mots l'art poétique de Jean-Marie Petit tout comme son attachement à l'occitan.


Dins una lenga caparruda

Fasiá de poèma micuts
Redonds coma de pans de bòria
E de poèmas longarruts
Coma las cambas de las dròllas...
Aviá talent de pan de dròllas...
E de mots
E caminava tot mesclant
Dins una lenga caparruda...

Dans une langue têtue

Il faisait de bons gros poèmes
Ronds comme des pains de ferme
Et des poèmes longs
Comme les jambes des filles
Il avait faim de pain de filles
Et de mots
Et il allait tout mélangeant
Dans une langue têtue...

Joan Maria Petit

Complément :

samedi 20 décembre 2014

La poésie au péril de l'oubli

Voici un livre inhabituel. Il a été écrit par Georges de Rivas, un poète qui suit sa propre trajectoire, en dehors des modes et des courants actuels. Seule sa perception intérieure de la poésie importe et il a eu le souci de la traduire dans cet essai de 220 pages, qui vient de paraître dans la collection Témoignages poétiques que dirige Philippe Tancelin, où l'illustration de couverture est signée Nicole Vignote.


 Il s'agit d'une suite de chapitres consacrés à : "Neuf poètes levés dans la poussière d'or de la nuit" qui "aimantent nos pas vers les grèves où les dieux ont déposés leurs rêves" et qui "nous mènent au rivage où surgit des voiles de l'Oubli, le poème sur son vaisseau d'aube primordiale. Neuf Transparents de l'éternel génie poétique, par la beauté de la langue et la magie des images euphoniques" qui "portent jusqu'à nous l'écho d'une nuit intérieure et sacrée perçue par cette ouïe intérieure où gît le secret de poésie".
"Et rivés aux lèvres du poème" ajoute Georges de Rivas "où le mystère nous demeure voilé, nous croyons voir les dieux héler un scribe pour inscrire à nouveau le sceau de leur amour dans nos cœurs. Hölderlin, Novalis, Hugo, Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud, Saint-John Perse et René Char forment ici deux quatuors à cordes angéliques où se mêlent la voix vive de Salah Stétié."
On l'aura compris, pour l'auteur, comme pour les poètes dont il refait le parcours, la voix intérieure est plus forte que le discours ambiant, l'élan spirituel finit toujours par surpasser les pesanteurs de l'époque. Ils sont la source de leur universalité et de leur intemporalité malgré l'obstacle d'un oubli qui n'est finalement que de façade.

Compléments :

samedi 13 décembre 2014

Chronique de la petite édition

La collection Chiendents avance bon train. Elle vient de publier son n°62 consacré à Josyane de Jesus-Bergey et j'ai l'impression de courir après le dynamisme de son éditeur Luc Vidal. J'avais dans une chronique précédente présenté le n°30 qui mettait à l'honneur Colette Gibelin, je voudrais parler aujourd'hui du n° 38.


L'intérêt de ce numéro dont les illustrations sont de Nicolas Désiré-Frisque est de nous faire entrer dans les soucis et les joies d'un petit éditeur. La question qui se pose toujours à lui est de savoir pourquoi il continue cette activité dans un milieu qui lui est le plus souvent hostile. Les articles signés Luc Vidal, Stéphane Beau, André Dupneu, Gérard Charbonnier, Pierrick Hamelin, Jean-Luc Nativelle et Roger Vallet sont là pour nous faire toucher du doigt une réalité perçue généralement à distance. Il faut s'être frotté à l'ego d'un auteur refusé par un grand éditeur pour comprendre la nature de la relation qu'il va entretenir avec celui qui lui ouvre enfin la porte. Il faut s'être confronté aux libraires et à leurs conditions de vente et de retour des invendus pour saisir toute la difficulté qu'il y a de diffuser un livre tiré à quelques centaines voir dizaines d'exemplaires. Il faut avoir connu le succès chez un grand éditeur puis des tirages plus confidentiels chez un petit pour pouvoir comparer les deux situations et faire la part des avantages et des inconvénients. Par petites touches ce numéro nous brosse un tableau entre ombres et lumières qui reste malgré tout un hymne au livre et à ses pouvoirs. "Au-delà des histoires qu'ils nous racontent, des mondes qu'ils nous décrivent, les livres sont avant tout des messagers, des intermédiaires, des médiateurs. Ce sont des liens entre les hommes : c'est nous qui les lisons, mais ce sont eux qui nous lient..." nous disent Stéphane Beau et Luc Vidal en ouverture.

Compléments :

samedi 6 décembre 2014

Poètes de Rochefort et d'Occitanie

Luc Vidal m'a fait l'amitié de rééditer mon livre intitulé Ce lien secret qui les rassemble, qu'il avait déjà accueilli dans ses éditions en 2010, dans sa nouvelle collection Les Cahiers des poètes de l’École de Rochefort-sur-Loire qui compte à ce jour huit numéros.


Ce livre porte sur mon activité poétique durant la période 1982-2002, il rassemble des textes organisés autour de trois grandes parties. La première concerne les poètes de l’École de Rochefort et évoque Hélène et René Guy Cadou, Jean Bouhier, Edmond Humeau, Pierre Garnier ainsi que leur influence sur la poésie qui a suivi.
La deuxième partie s'intéresse aux poètes de langue d'Oc que j'ai connus : Jòrgi Reboul, Charles Galtier, Fernand Moutet, Serge Bec, Bernard Manciet, Yves Rouquette. J'ai ajouté un chapitre sur Jacques Audiberti pour montrer comment ce grand poète baroque de langue française, originaire d'Antibes, se situait par rapport à une langue entendue durant son enfance.
La troisième partie se veut une réflexion sur la place du poète et de l'artiste dans la Cité. J'y présente l'itinéraire poétique et humain de Daniel Biga, les expériences plastiques d'Ernest Pignon-Ernest, les engagements du sculpteur Jean Bercy pour les droits de l'homme, mon travail dans les écoles du quartier de La Goutte d'Or pour amener les enfants à écrire de la poésie.
L'ensemble est complété par une anthologie des poètes que j'ai édités aux Cahiers de Garlaban ainsi que par un cahier de 14 pages d'illustrations en couleur.

Complément :
- Le livre sur le site de l'éditeur.

samedi 29 novembre 2014

Trois anthologies de Jacques Basse

Jacques Basse a déjà été l'hôte de ce blog où son travail remarquable au service de la poésie et des poètes a été présenté. Après les six tomes de ses Visages de poésie qui brossent un tableau très complet de l'activité poétique contemporaine, il s'est lancé dans des anthologies thématiques qui regroupent portraits et poèmes autour d'une figure fédératrice, une identité géographique, un pays.


La première de ces trois réalisations concerne Xavier Grall et tous les poètes qui s'inscrivent dans sa mouvance. Marie-Josée Christien s'est chargée de rappeler qui fut ce poète breton disparu en 1981 à l'âge de 51 ans dont l’œuvre a été rassemblée en un volume aux éditions Rougerie. Sa Ballade de la mort si lente ouvre le livre. Puis se retrouve la centaine de poètes qui de près ou de loin ont croisé le poète ou sa poésie à un moment particulier de leur parcours. Inutile de préciser que l'audience de Xavier Grall s'est étendue bien au-delà de la Bretagne.


La deuxième anthologie concerne la Méditerranée française que Jacques Basse connaît bien puisqu'il y a passé son enfance et qu'il y habite toujours aujourd'hui. Le livre est préfacé par Jacques Lovichi qui fut longtemps au comité de rédaction de la revue Sud puis de Autre Sud. Je suis associé à cette parution par un texte où j'évoque tous les grands poètes disparus qui ont précédé ceux qui sont évoqués dans l'ouvrage, depuis Perpignan jusqu'à Menton. Poètes qui se sont exprimés en français comme en langue d'Oc.



Avec cette troisième anthologie, Jacques Basse s'est lancé dans un travail aussi original que difficile puisqu'il est sorti du territoire national pour aborder les rivages de la Turquie. Il lui a fallu découvrir une poésie qui est encore mal connue en France et dont les poètes s'expriment dans une langue qui nous est étrangère. Il a été secondé dans cette entreprise par Claire Lajus qui signe la préface mais aussi par Mustafa Balel qui depuis Istanbul lui a prodigué de précieux conseils ainsi que par Aydan Yalçin qui a fait de même depuis Ankara. Les 91 visages choisis correspondent au nombre d'années qui séparent 2014 de 1923 où la République fut proclamée par Mustafa Kemal Atatürk. Tous se situent sous la figure tutélaire de Nazim Hikmet, référence obligée de la poésie turque moderne.

Compléments :
- Xavier Grall face à Pierre Jakez Helias dans l'émission "Apostrophes".
- Les deux premières anthologies sont édités par Raphael de Surtis, la troisième par CapBéar éditions.







samedi 22 novembre 2014

Le souvenir de Jacques Taurand

Dans ce blog qui rend souvent compte des publications relatives à l’École de Rochefort, je voudrais aujourd'hui parler d'un poète trop tôt disparu qui se situa dans son sillage. Il s'agit de Jacques Taurand qui nous a quitté il y a six ans déjà.

Jacques Taurand

De tous les poètes de l’École de Rochefort, c'est de Michel Manoll dont Jacques Taurand se sentira le plus proche. Il lui consacrera d'ailleurs un beau livre en 1997 qui s'intitulera Michel Manoll ou L'envol de la lumière.


Ce livre aura pour éditeur L'Harmattan où l'on retrouvera en 2001 son recueil La Cendre des heures paru dans la collection Poètes des cinq continents, en 2004 son récit Le château de nulle part, en 2007 son essai Au pays de l'inconsolé, lettres à Gérard de Nerval. En 2005, pour les 30 ans de la maison d'édition, Jacques Taurand réalisera un entretien avec Denis Pryen, son fondateur. Je dois avouer que la transcription qu'il m'en fit gentiment parvenir n'est pas étrangère à ma décision de confier par la suite plusieurs de mes manuscrits à L'Harmattan. Mais Jacques Taurand a déployé son activité de poète sur différents fronts, a participé à l'aventure de plusieurs revues - je pense en particulier au Cri d'Os de Jacques Simonomis - et a confié ses manuscrits à d'autres éditeurs. Il publiait par exemple en 2006 Les Allées du temps aux éditions de Saint Mont.


Voici un poème qui en est extrait. Il traduit bien à mon sens l'art poétique de l'auteur, son lyrisme contenu, la musique et la lumière qui s'en dégagent. Il est dédié à Jean-Claude Albert Coiffard, avec qui Jacques Taurand partagera la même ferveur pour les poètes de Rochefort :

D'UN SILLAGE

Là-bas où se perd
une pensée
L'écume d'un nuage
que lisse le vent

Il est l'heure de boucler
le passé
de lever l'ancre
pour un dernier départ
Des visages accosteront
au coin d'une table
on partagera les souvenirs
d'escales lointaines
On laissera sur la nappe de l'instant
quelques miettes de soi
une tache de vin
qui ressemble à du sang

Et les mots
les phrases vaines
            s'évanouiront
dans le large des regards
et la lumière
                    d'un sillage

Jacques Taurand 

Jean-Claude Albert Coiffard et Jacques Taurand à La Baule

Compléments :






samedi 15 novembre 2014

L'anthologie poétique de Maurice Couquiaud

Nous avons déjà eu l'occasion dans ce blog, sous la plume de Laure Dino, de présenter l’œuvre de Maurice Couquiaud. 2014 est pour lui une année importante puisqu'elle marque la parution d'une anthologie qui retrace un parcours de quarante années de création poétique.


A cette occasion j'ai réalisé avec l'auteur un entretien pour le site Recours au poème. En voici un extrait qui trouve sa pertinence ici à plusieurs titres. Il éclaire tout d'abord deux recueils Un profil de buée ainsi que Un plaisir d'étincelle parmi les onze dont cette anthologie présente des extraits. Il fait ensuite référence à Gaston Bachelard auquel nous continuons à être attaché. Il illustre enfin une nouvelle fois la solide relation entre philosophie et poésie. Dans le cas de Maurice Couquiaud, il faut aussi ajouter la relation de la poésie avec les sciences  :

"Plus tard, au fil des années, je découvrais l’élan vital de Bergson s’appuyant sur la durée, s’opposant ainsi à Bachelard défendant la verticalité de l’instant avec celle de la flamme. Ma poésie baignait avec bonheur dans la saisie rapide des entrevisions chères à Jankélévitch. Mes idées sur l’étonnement se confortaient parallèlement dans mes nombreuses lectures scientifiques en livres et revues. A travers Le phénomène humain, l’anthropologue Teilhard de Chardin m’avait poussé à suivre la lente apparition de la conscience à travers les milliards d’années, depuis le big-bang et les particules de la soupe originelle, jusqu’à la complexité de l’homo (soit–disant) sapiens en passant par les divers stades primitifs de la vie, des plantes, des animaux et même des australopithèques. D’où le titre de mon recueil de 1980, Un profil de buée, retraçant la naissance de l’univers et le parcours de l’homme toujours en gestation. J’avais eu le bonheur de rencontrer Gérard Murail éditeur, poète, peintre et directeur de la revue phréatique ayant pris la défense de mon manifeste, partageant l’essentiel de mes espoirs et de mes idées. D’abord membre du comité de lecture, ayant changé d’occupations professionnelles, en 1983 je fus en mesure d’accepter le rôle de rédacteur en chef pour contribuer à développer une démarche poétique ouverte à toutes les disciplines, dans le Groupe de Recherches polypoétiques. En quelque sorte, j’inaugurais ce qui devint pour moi une nouvelle vie, me permettant de découvrir que bien des chercheurs scientifiques ne sont pas insensibles à la poésie. Certains n’hésitent pas à cultiver avec nous les champs et les chants de l’imaginaire. Un plaisir d’étincelle, le titre de mon recueil paru en 1985 révèle assez bien cette tendance à élargir les préoccupations de la difficile condition humaine et de l’ego jusqu’aux mystères du monde. On trouve dans ce livre l’un de mes poèmes intitulé Météorite, repris plus tard par l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet dans son essai Le feu du ciel."
                              
                                                                      Maurice Couquiaud

Complément :
- L'anthologie poétique sur le site de l'éditeur. 
- L'entretien complet avec Maurice Couquiaud.

samedi 8 novembre 2014

Le pouvoir des mots

Nous venons de rendre hommage dans la chronique de la semaine dernière à Geneviève Clancy qui croyait au pouvoir des mots pour résister. Philippe Tancelin, frère de Geneviève, a mené à ses côtés de nombreux combats partageant avec elle le même idéal de justice. Il est un habitué de ce blog où paraissait en septembre de l'année dernière son poème intitulé : Des mots... Des Bombes... Des mots encore.. Des bombes... En voici une version actualisée toujours inspirée par la situation au Moyen-Orient qui n'a fait en un an que se détériorer :

NON A VOS GUERRES

Oui vous avez des bombes mais nous avons des mots
des mots qui hantent vos rampes de lancement
vos largages chirurgicaux
vos frappes qui hurlent du fond des âges
qu'au faîte de vos démocraties
décline l'enseigne de l'armurier


Nous avons des mots dans le sein des dieux
des mots qui pèsent de rêves et de sanglots
sur le soleil couchant

Contre le jeu de vos armes
Nous avons le jeu des mots du poème
guetté par la descente autant que la danse du phénix

Nous dessinons sur l'ombre
le vol de l'hirondelle
et cernons dans vos yeux la chute des héros
apeurés d'inculture

Vous avez les bombes
nous avons les mots

vous vous épuisez d'artefacts
dans vos technologies de la fuite et du désespoir
mais nous avons le goût nomade du verbe
tel un vaisseau libéré de ses haleurs
 

VOUS AVEZ LES BOMBES
NOUS AVONS LES MOTS

vous fabriquez des preuves
pour alibi de vos guerres
vous enfantez des armes
pour jouet de vos crimes
jusque dans les cours d'écoles
mais dans les yeux verts de nos jardins
les enfants courent sous l'abri des clématites

vous avez des bombes
nous avons des mots pleins de ciel
croisés de sens étrangers les uns aux autres
des mots secrets d'espace
pour échapper à vos geôles
briser le mutisme de vos fers


Contre vos bombes protectrices
nos mots sont tisserands d'herbes folles
contre vos morales punitives
bouffies de leur Bien
nous posons les mots du poème levant
Vous larguez des deuils
nous lançons des respirations
vous enterrez les fleurs
nous berçons leur pistil

Vous avez les bombes nous avons les mots
Au seuil d'une histoire debout sur ses écumes
l'histoire du voyage des sans terre à leur cri
l'histoire du chant des bannis enlaçant l'oasis

Sur vos décombres
un geste un seul des mots de chair et d'encre
donnera son poids d'espoir au jour revenu de lointaine énigme

Contre vos bombes
nous avons les mots de l'outre-nu des choses que toute plaie traverse
et quand vos guerres se porteront volontaires
pour assiéger les figures du bonheur
nous prendrons les mots de la beauté
à bras le poème de craie blanche
sur le tableau de la destinée

Philippe Tancelin
 

Sept 2014






samedi 1 novembre 2014

L'enseignement de Geneviève Clancy

Certains enseignants sont plus que des enseignants, ils transmettent à leurs élèves ou leurs étudiants plus que de la connaissance, plutôt une manière d'être qui les accompagne longtemps et les aide à avancer dans ce monde le geste large et l'esprit ouvert. Geneviève Clancy appartient à cette catégorie. Elle fut directrice de la collection "Poètes des cinq continents" à L'Harmattan, co-fondatrice du CICEP (Centre international de création et d'espaces poétiques) avec Jean-Pierre Faye, Philippe Tancelin et Stéphanette Vendeville mais aussi professeur de philosophie et d'esthétique à l'UFR d'Arts plastiques et sciences de l'art de l'université de Paris 1. C'est dans ce cadre qu'Alexandre Massipe, devenu à son tour universitaire, avait suivi ses cours entre octobre 2002 et juin 2005.


Dans un livre de 86 pages, il nous restitue toute la force poétique et pédagogique qu'il a retirée de cette expérience. Nous le suivons pas à pas dans ces cours où le portrait de Geneviève Clancy se détache de son attention à la vie quotidienne de ses étudiants, des exercices d'écriture qu'elle propose à partir des poètes et philosophes qu'elle a judicieusement choisis (Eluard, Saint-John Perse, Bachelard, Simone Weil notamment), de ses réflexions aussi sur l'évolution de l'Université. C'est une femme insoumise qui croit aux pouvoirs de la poésie pour résister et transformer ce monde que nous découvrons. Depuis sa disparition en 2005, les initiatives se succèdent pour prendre la mesure de ce qu'elle nous a légué. En même temps qu'il y contribue avec ce livre, Alexandre Massipe en est aussi un témoin assidu. Il en rend compte à la fin de son témoignage qu'il conclue ainsi : "Sans doute Geneviève se réjouirait-elle de savoir que sa parole continue de réunir des femmes et des hommes venus de tous horizons. Puisse-t-elle jamais cesser de le faire."

Compléments :

samedi 25 octobre 2014

Le souvenir de Martins Correia - IV

Notre hommage se termine avec les derniers paragraphes débordant de poésie qu'a écrits Maria do Sameiro Barroso à propos de Martins Correia qu'elle a eu le privilège de connaître :

 L'art était la source et la vie dont il a parlé avec la passion, qui transfigure les chevaux, les champs, les moissons, les fruits, les femmes, les choses simples, par les lignes épurées de sa synthèse lumineuse.

Composition sculpturale

La vérité était le sang vert avec lequel il écrivait la sève et les fruits de la passion inquiète qui le dévorait. La matière, qu'il travaillait, brûlait dans les entrailles chaudes de l'argile, du bronze, précipitant et prolongeant la combustion de la vie. L'amour était une exaltation naturelle de la symbiose magique des choses transformées.

Composition sculpturale

Aux grands créateurs, tout est accordé. C'est pour cela qu'ils volent le feu, allument le geste prométhéen, apportent de la joie à l'homme, harcelé et blessé, prisonnier de limites qu'il s'est lui-même imposé.

Dessin (encre de Chine)

Pour ces raisons, l'art est thérapie, il s'inscrit dans le flux éternel, où les sources de l'être se créent et se renouvellent. L'art du Sculpteur Martins Correia a brisé le monde avec sa force, instaurant sa propre vision sereine, dépouillée, puissante, turbulente. Et les mots jaillissent des teintes qui nous imprègnent. Elles sont chair et poème, musique, périple et baume qui vivent en nous, dans la séduction suprême, la magie intemporelle des racines pures.

Sculpture en bronze polychrome - Musée municipal Martins Correia
Maria do Sameiro Barroso

*

Martins Correia a exposé en France en 1991 à la Galerie Magellan située au 37 de la rue Richard-Lenoir dans le onzième arrondissement de Paris. Seule galerie portugaise au monde, cette galerie qui n'existe plus avait été créée par des entrepreneurs portugais préoccupés de l'image du Portugal auprès des Français. Elle était destinée à promouvoir des artistes plasticiens portugais, ainsi que ceux issus de l'immigration et visait à l'échange culturel entre les deux pays.

*

 Et pour conclure, ce film afin de compléter notre présentation des œuvres de l'artiste : 



samedi 18 octobre 2014

Le souvenir de Martins Correia - III

Nous continuons notre hommage à Martins Correia avec la suite du texte que lui a consacré Maria do Sameiro Barroso :

 Comme il l'a dit dans son poème Cavalo branco, parfois la racine de l'herbe était blessée à cause d'une pierre. Alors des nuages d'échassiers volaient vers la terre bleue de Golegã et des chevaux, agiles et puissants, déplaçaient l'obstacle qui l'empêchait d'accéder à la lumière.

Pastel

Titanesque était son être, seulement réglé par l'ingénuité de sa force intérieure. Dans son regard, tout était digne, plastic et musical. Le monde était sublime et libre dans sa verticalité, fruit de sa synthèse pure de l'aventure intense et vive, atteinte dans la claire découverte de ses yeux qui pénétraient, retournaient et transformaient tout.

Anilina

L'univers était la dimension totale de ses formes qui se transmettaient par les contours, les fenêtres, les fragments, les poèmes du regard. La poésie était le centre et le sein qui réunit le passé, le présent, l'héritage classique et la sagesse, dans une tradition étonnamment rénovée et recréée.

Peinture (sans titre)

(à suivre)

*

Martins Correia était aussi poète, voici le poème Cavalo branco qui a été évoqué plus haut. Il est extrait d'un recueil intitulé Poemas do Escultor Martins Correia paru en 1951 :


A raiz da erva estava ferida:
O sol do dia
não chegava lá,
por causa duma pedra
que ao lado da erva
tapava o sol de cá.

Mas um dia,
outro dia,
um animal,
cavalo branco,
de muita beleza,
tendo visto a erva presa,
tirou a pedra e pensou:

"O sol poderoso
nem sempre aquece
muitas vezes esquece
o que a terra gerou."


La racine de l’herbe était blessée :
Le soleil du jour
n’arrivait pas jusqu''à elle,
à cause d'une pierre
qui à côté de l'herbe
lui cachait le soleil.
 

Mais un jour,
un autre jour,
un animal,
un cheval blanc,
d'une rare beauté,
en voyant l'herbe prise

enleva la pierre et pensa :

"Le soleil puissant
ne réchauffe pas toujours

et oublie souvent
ce que la terre a engendré. "


Martins Correia

samedi 11 octobre 2014

Le souvenir de Martins Correia - II

Pour continuer à cheminer avec Martins Correia, voici un texte qu'a écrit à son sujet Maria do Sameiro Barrosa. Il a pour titre O universo do olhar : périplo, poema, e bálsamo c'est à dire L'univers du regard : périple, poème et baume. Je l'ai traduit en français et l'auteure qui possède parfaitement notre langue en a assuré la révision. En voici les trois premiers paragraphes :

L’œuvre du sculpteur Martins Correia interpelle, inquiète, fascine, paralyse. Je l'ai rencontré au début des années 90 et j'ai suivi son périple depuis ses expositions, à partir de son atelier, ou à travers les images qui me revenaient  de ses sculptures signalant une présence portugaise à Goa, au Japon, au Brésil, à Terre-Neuve. C'étaient des sculptures géantes où se réfugiait son inquiétude et se posait sa légèreté.

Statue en bronze de Camões à Goa

Dans son œuvre immense défilaient des personnalités de notre histoire, littérature, médecine et diplomatie. Plus près et plus loin, les gens simples moissonnaient, vivaient, chantaient, les nymphes descendaient à nouveau sur la terre et les dieux revenaient dans les nouvelles couleurs de ses formes, moulant des mythologies secrètes, des végétaux, des champs, des villes.

Pomona, sculpture en bronze polychrome, station de métro de Picoas (Lisbonne)

Lentement, se dévoilaient aussi ses toiles, ses panneaux, où  il a pratiqué avec maestria la grammaire des rêves et a introduit la magie primitive, la pulsion tellurique, dans la contrainte de la couleur, de l'harmonie de la forme, en donnant voix et volume à nos valeurs, aux nôtres.

Femmes du peuple

(à suivre)

samedi 4 octobre 2014

Le souvenir de Martins Correia

Nous nous sommes déjà intéressé à la sculpture à travers la personne de Jean Bercy. Durant tout ce mois d'octobre nous allons évoquer cette fois le souvenir du sculpteur portugais Martins Correia. Cette réalisation n'aurait pas été possible sans l'aide de Maria do Sameiro Barroso, récemment présentée dans ce blog, ainsi que le soutien d'Elsa Martins Correia, sa fille. Je les remercie chaleureusement toutes les deux pour l'occasion. 


Martins Correia est né en 1910 à Golegã où se trouve aujourd'hui un musée qui lui est consacré. Il est mort à Lisbonne en 1999. Il a suivi son cursus secondaire à la Casa Pia de Lisbonne dans laquelle il sera plus tard professeur, il est aussi titulaire d'une licence de sculpture de l’École des Beaux-Arts de Lisbonne où il enseignera également la sculpture.


Autoportrait 

De 1936 à 1963, il est professeur dans l'Enseignement technique professionnel. Il commence à exposer en 1938. C'est en 1940 qu'il obtient le prix Nacional da IV Missão Estética de Viana do Castelo qui sera le premier d'une série de distinctions qui consacreront Martins Correia comme un des grands sculpteurs portugais contemporains. En 1990, le Président de la République, Mário Soares, lui remettra le titre de Grande Oficial da Ordem de Santiago Espada. Il a réalisé de nombreuses commandes publiques représentant de grandes figures historiques de son pays. La vidéo qui suit nous détaille les étapes de son parcours :


samedi 27 septembre 2014

Revenir au pays

Nous présentons aujourd'hui un poème de Marc Georges Klein. L'auteur est né en 1949 à la frontière exacte entre les actuelles Allemagne et France, et fut professeur de lettres, éducateur populaire et expérimentateur de « théautre » ; il s’aventura en Afrique du Nord, en Espagne, un peu plus loin encore ; habita quelques années en Sud-Finistère, à peu de distance de la Pointe du Raz ; et vient de vivre une dizaine d’années dans l’état sud-mexicain du Chiapas. Il n’a jamais cessé d’écrire.
La rédaction de ce poème intitulé Heimkehr – et dont la facture ne laisse de l’étonner lui-même – accompagna son retour en France, entre mars et août 2014.


Marc Georges Klein - Juillet 2014


Heimkehr
Cancún-Rennes, mars-août 2014
Marc Georges Klein

_________________________________________

1.
Aurait-t-il donc pris fin, le temps où, des bonheurs
simples comme le jour que me donnait la vie,
je ne savais, toujours et du monde et de moi
comme par une vitre opaque séparé,
me contenter, restant comme vide, orphelin
de quels dieux inconnus qui ne m’auraient laissé
pour legs que ce tourment, l’obscure nostalgie
de quelle autre couleur toujours déjà perdue,
qui condamnait la terre à n’être d’elle-même
que le pâle reflet, l’ombre grise à jamais ?

Se soulève, en effet, la dalle d’un sommeil

qui est et n’est pas mien, et la lumière tourne,
en son essaim de foudre, et le monde avec elle,
et je ne sais encor ce qu’au vrai signifie
revenir au pays ; ni pourquoi il m’advient
sous un ciel étranger, en l’étape brûlée,
d’éprouver à nouveau cette légèreté,
cette grâce soudain, qui me saisit jadis
à m’embarquer, chantant, pour la première fois
sur le pont chamarré d’un bateau s’arrachant
pour Alger de Marseille ; et je ne sais encor
pourquoi, sous quel archet, immobile pourtant
du cœur la corde tremble.

2.
Or voici, tout regret

s’éloigne, et ce n’est plus la poignance des choses :
un cerisier en fleur, un sourire, un parfum,
aussitôt condamnées – mono no aware -
qu’elles nous sont données, à savourer, sinon
leur infinie promesse, leur pure éternité,
c’est cela qui m’étreint, comme à la proue dressé
le vigile guettant toute une longue nuit,
offrande étincelée, l’espérance d’un phare,
et qui, n’apercevant de tant d’iles, de tant
de points disséminés sur l’inutile carte,
et toujours menacés, à la moindre marée
d’hiver, de s’effacer, disparaître peut-être,
où trouver le refuge, éprouve cependant
qu’à l’heure la plus sombre et la plus désarmée,
en toute certitude lui sera consentie
la grâce d’y toucher.

Et ce nuage

même qui obscurcit le monde, et l’éclaire pourtant,
a pour moi les contours et presque le visage,
et presque l’infinie douceur qu’auraient les mains
d’une autre femme, aimée, perdue et retrouvée,
la même qui sans doute, en ses heures de fièvre,
a visité Verlaine, et toujours reviendrait
sur mes yeux égarés poser ses doigts de givre ;
et les mots que je trame en cette langue d’ombre,
abritant mon exil, y trouvent peu à peu
une forme plus juste.

3.
Et je me tiens debout,

et je dis à mon tour Me voici Imbécile
Ignorant comme dit Tête d’or, et tournant
ma face vers le jour, je crois me reconnaître
en cette homme nouveau, dressé devant les choses
inconnues, étrangères, habité d’un tourment
et d’un désir sans nom ; pourtant son impatience
aimante n’est plus mienne, et pas non plus son cri,
traversé, comme Job, d’une sourde rancœur ;
car c’est d’une confiance et d’une paix nouvelle
à présent, quoique insue, que je suis habité.

Aurai-je appris enfin, de l’énigme du monde,

à ne plus m’obstiner, y portant sans égard
ce pauvre fer rouillé qu’on nomme impudemment
le désir, ou la soif, ou la quête du sens,
à forcer la serrure ? Aurai-je consenti
à ne plus rien tenir, dans la seule faveur
de l’ombre, pour ma proie ? et reconnaître enfin,
dans la grotte enfumée, sur ses parois de sang,
du signe et du non-signe en leur commune nuit
la presque souveraine indifférence ?

Or 

c’est un autre sommeil qui déjà peu à peu
me gagne, dévorant les mots, comme le sable
qui croule sous le pied du pèlerin risquant
à la grâce d’errer sa sandale de corde ;
un sommeil de marin, quand par tout le bâti
qui l’enserre, aux grands coups de baratte salée
du jusant sur la coque, il n’est d’autre réponse
à l’effroi absolu qu’un pur consentement ;
un sommeil de gisant, qui loin de se roidir 
au glacis de la tombe, aurait pris la chaleur
des pierres longuement mûries dessus les braises,

et le parfum brutal du jasmin obstiné

des vieux jardins d’Albi, du chèvrefeuille cher
à la geste ancienne, et du divin lilas
d’après la promenade au mois de mai, croulant
sur la cruche ébréchée, et l’envergure même
des voiles déployées, en leur couleur de rouille,
sur la mer à jamais porteuse d’aubes : c’est
un sommeil d’équinoxe, un sommeil naufragé,
juteux, lourd et fruité comme un ventre de bête
en puissance de mère, un sommeil de la presque
enfance retrouvée, qui de la belle mort, 
de la fin accomplie, de l’issue désirable,
ne serait pas l’image, ou le seuil figuré,
mais l’écrin bienheureux, l’athanor tiède encore
et la matrice aimante, comme la chair de l’huître
l’est de la perle dure, cet accident pourtant,
où elle s’accomplit.

J’ouvre à nouveau la main,
et tout ce qui avait, tel jardin de cailloux,
pris forme singulière, éclat prodigieux,
se disperse à nouveau dans l’indifférencié,
comme sous la paupière unique soulevée
de l’iguane soudain se disperse le monde -

et la joie humblement, comme la vague sourde,

obscure, fourmilière, à la fin, se retire, 
et je reste muet.

4.
Pourtant.


Ce n’était pas

chez moi que je retourne :il n’est pas de chez moi,
il n’est pas de retour, sinon qu’en les méandres
innombrables du cœur, battant entre quelle une
et quelle autre frontière également rougie
d’un obscur trait de mort ; il n’est pas de pays,
sinon, depuis toujours, cette lande déserte
où quel je s’exaspère à retrouver des pas,
fussent-ils monstrueux, qu’y firent ses ancêtres,
une empreinte douteuse ; et sans doute est-il bon
qu’il n’y trouve plus rien que cendre dispersée,
parmi l’éparsement d’autres cendres encore,
sur la terre déserte et grise, cependant
féconde d’un matin qu’il ne sait discerner.

Et sans doute est-il juste aussi qu’il n’aperçoive,

occupant quelque temps, quelque autre, quelque chambre,
hospitalière certes, et d’où l’on peut saisir
parfois, par la fenêtre, à l’heure du silence,
en fin d’après-midi l’appel de quelque oiseau,
mais où toujours l’attend un sommeil de vipère
hanté d’horribles songes, et secoué de spasmes,
et puis le cri des loups démuselés du vent,
un réveil effaré, le froid et la sueur,
et qu’il ne sache encore où délier son sac,
où disposer ce peu de choses familières,
un canif, une montre, une blague à tabac,
quelques livres encor, sauvés de quel effroi,
car s’établir déjà serait trop tôt répondre 
à la question qui là, en ce temps de sa vie,
au plus secret de soi, exige ce terrible
et souverain retrait.

5.
Et sera-t-il passé,

l’Ange, comme un cerf gris, sur les chemins perdus
du très-ancien pays ; aura-t-il déposé,
sur leur manteau bourbeux, par le lichen suintant
sur la pierre, la cendre éparse du foyer,
la maigre peau de sel achevant de craquer
sur le palud à sec, par l’herbe qui croupit
comme une lèpre jaune et ronge jusqu’au cœur
de l’arbre foudroyé, par les gravats épars
des maisons bombardées, la margelle du puits
tari, par le charbon des livres calcinés,
par le sac de haillons moisis abandonnés
au fond de quelque cave, par les planches disjointes
du bateau éventré achevant de pourrir
en quelque cimetière oublié, sur l’amère
étendue où se perd sa vaine signature,
que nul ne s’en souvient, et le chiffre du monde
à chaque battement de l’horloge du vivre
encore s’obscurcit.

Que nous importe alors

qu’il continue, cet Ange, à l’insigne souffrir
de l’homme indifférent, sur le même pavé,
dans le même ruisseau, du sens et du non-sens
à jouer d’un seul dé, comme on jette un caillou,
l’également toujours très misérable chance ?
Qu’il joue sans nous, merci, nous avons bien assez
de notre cruauté aveugle, forcenée,
pour devoir soutenir, et chercher à comprendre,
et presque justifier la sienne de surcroît.

Sans doute, mon ami, mon frère, tes aïeux

facteurs d’orgue, luthiers, philosophes, lecteurs
des mots d’une autre langue, en ces glyphes tracés
sur les chemins d’exil de droite à gauche par
un plus ancien aïeul encore, et se faisant
polisseurs de lentilles, acheteurs et vendeurs
de cuivre et de carton, de morceaux de ficelle,
t’auront-ils enseigné, qu’à ton tour tu m’enseignes
une sagesse nomade.

Pourtant, par les remous

du fleuve limoneux, par la brume levant
sur les mangroves tièdes une nuée d’insectes,
par l’œil du serpent vert écrasé, sur la piste
avant nous que foula de ses neuf doigts de pied
un presque dieu ancien à profil de pur nombre
échevelé, parmi les visage souillés
de crachats anonymes, l’huile rance des nuits,
la poix des encoignures, et par l’écho des rires
à jamais dispersés, et par le grincement
que fait sur le pavé la charrette bancale
des condamnés pour rien, et par le clapotis
gluant de cette boue qui fut chemin jadis,
quelque chose, je sais, demande obstinément,
par les mots seulement, s’il n’est d’autre possible,
à être rédimé.

Et non, ce n’était

pas déchiffrer qu’il fallait : seulement accueillir.

_________________________________________

samedi 20 septembre 2014

Poésie, Littérature & Théâtre

Je profite de cette rentrée pour annoncer les prochains spectacles de Zygmunt Blazynsky qui sont une illustration des relations que continuent à entretenir encore la poésie et la littérature avec le théâtre malgré le pilonnage quotidien des médias visant à occuper nos cerveaux avec du vide, du superficiel, de l'inutile et de l'éphémère.



Rainer Maria RILKE
(1875-1926)


   Rainer Maria Rilke est incontestablement – avec Goethe – le plus illustre poète de langue allemande et l’un des rares poètes du XXème siècle a avoir atteint la célébrité universelle.
   Né à Prague, mort en Suisse, il vécut en exilé volontaire, sans adresse fixe, sans attache, sans emploi, sans biens matériels et fut peut-être l’un des derniers grands vagabonds d’une Europe qui brûlait des ultimes feux d’une civilisation aujourd’hui disparue.
   De la Russie d’avant la Révolution à la Vienne de la Sécession et au Paris du XXème siècle, de la communauté villageoise et artistique de Worpswede aux palais de Venise et à la solitude du Valais, ami de Rodin et de Valéry, il sera de chambres d’hôtels en châteaux, protégé par des égéries comme Lou Andreas-Salome et des mécènes comme Marie de la Tour et Taxis, ne recherchant au fond, dans le monde et en lui-même, que l’absolu de la poésie.

LES CAHIERS de MALTE LAURIDS BRIGGE.

   Les Cahiers de Malte Laurids Brigge annoncent un autre monde et une autre écriture « un livre inclassable ».
   Lorsqu’on cite les grandes œuvres romanesques qui ont marqué les XXème siècle, on omet généralement Rilke et les « Cahiers de Malte Laurids Brigge » cela tient sans doute à un titre inhabituel pour un roman, mais aussi à l’image de Rilke comme le poète lyrique par excellence, laquelle accrédite l’idée que ces « Cahiers » ne seraient qu’une confession personnelle à peine déguisée. Ils sont pourtant moins autobiographiques que « La Recherche du Temps Perdu ! » Enfin, leur auteur en a parlé comme d’un « tiroir de papiers en désordre », discréditant ainsi lui-même leur savante composition, qui lui a pris plusieurs années en dépit de sa célèbre « facilité ».

LE LIVRE de LA PAUVRETÉ et de LA MORT.

   « Le Livre de la Pauvreté et de la Mort » est la troisième partie d’une œuvre poétique : « Le Livre d’Heures ».
   Au début du siècle Rilke annonçait à ses correspondants des « prières ».
   C’était d’abord « Le Livre de la Vie Monastique », qui émanait du spectacle des Laures que la Russie lui avait offert. Dans « Le Livre du Pèlerinage » il évoque les longs cheminements aux pieuses haltes de «  ce pays qui s’arrête à Dieu »
   Après l’expérience de la ville, c’est-à-dire de Paris, le cycle du « Livre d’Heures » est enfin clos. Or Rilke avait vécu à Prague, sa ville natale, à Munich, à Vienne, à Berlin… mais c’est Paris qui lui a fait entendre la note terrible de la grande ville.
   Quant au « Livre de la Pauvreté et de la Mort » (1903) qui ne se comprend qu’en liaison avec l’expérience parisienne, il peut être considéré comme « LE LIVRE DE LA FRANCE ».


Du 27 septembre au 2 novembre 2014
Uniquement les samedis à 20h30 et les dimanches à 16h30
CRYPTE du MARTYRIUM saint DENIS
11 rue Yvonne Le Tac – 75018 Paris – Métro : Abbesses ou Pigalle
Participation aux frais : 10,00 €
Réservations : 01 42 23 48 94 
Mail : zygmunt.blazynsky@wanadoo.fr

*


LE PAUVRE D’ASSISE
de
Nikos KAZANTZAKI


   En février 1924, Nikos Kazantzaki quitte Berlin, une ville en pleine crise économique et sociale, où règne la misère et le désarroi. Très influencé par ce contexte, ses recherches spirituelles et ses rencontres, il rédige « Ascèse, Salvatores Dei ». Il exprime toute sa philosophie, ses idées métaphysiques. On peut considérer cette période de la vie de Nikos Kazantzaki comme « révolutionnaire ».

     Imprégné de révolte, de recherches spirituelles et de justice sociale, il arrive en Italie. Au cours d’un voyage à Assise, il est bouleversé par sa «rencontre » avec Saint-François. D’autres voyages-rencontres auront lieu qui aboutiront à la rédaction d’un livre intitulé en grec, « Le Petit Pauvre de Dieu » ou en français, « Le Pauvre d’Assise ».

     Au cours de ce premier séjour à Assise, il fait la connaissance de Johannes Joergensen, écrivain danois et auteur d’un livre sur Saint-François. En 1951, Kazantzaki le traduira en grec. Ce livre aujourd’hui fait autorité dans les milieux chrétiens en Grèce.

     Le deuxième voyage à Assise a lieu en 1926. Kazantzaki était venu commémorer avec les Italiens le 700ème anniversaire de la mort de François. L’Italie de Mussolini avait fait de ce jour un grand jour de Fête Nationale. Kazantzaki est choqué, car il ne voit aucun rapport entre Saint-François et l’Italie fasciste.

     L’été 1952, il visite à nouveau l’Italie et s’arrête à Assise pour la 3ème fois.

     C’est à Assise que l’idée lui vient d’écrire un livre sur Saint-François.

     En septembre 1952, il écrit d’Antibes à son traducteur suédois Knös :

     " J’ai vu de très belles choses en Italie, je me suis beaucoup réjoui, et j’ai beaucoup réfléchi et à Assise j’ai vécu de nouveau avec le grand martyr et le héros que j’aime tant : « Saint-François » Maintenant je suis pris du désir d’écrire un livre sur lui. L’écrirai-je ? Je ne sais pas encore. J’attends un signe et alors je le commencerai."

     En juin 1953, hospitalisé à Paris, il pense à nouveau à Saint-François.

     " Dans le délire de la fièvre, je croyais voir Le Poverello se pencher sur moi. Pendant mes nuits d’insomnie il venait, s’asseyait à mon chevet et me racontait sa vie, comme une vieille nourrice…"

     Après sa maladie, il commence à écrire ce livre, terminé en 1954. il l’a dédié au docteur Albert Schweitzer, « Le Saint-François de notre époque » comme il l’appelle.


du samedi 15 novembre au dimanche 21 décembre 2014,
uniquement les samedis à 20h30 et les dimanches à 16h30
 Crypte du Martyrium saint Denis – 11 rue Yvonne Le Tac – 75018 Paris Métros : Abbesses ou Pigalle

RÉSERVATION : 01 42 23 48 94 
-  Participation aux frais : 10,00 €
E-mail : zygmunt.blazynsky@wanadoo.fr